De la grosse pierre qui repose près de l’entrée du Parc, à l’alignement des bâtiments, aux zigzags des toits d’usine, tout parle, tout raconte. Ici, hier explique aujourd’hui.
C’est de la butte-moraine formée par le glacier qui coulait ici il y a quelques dizaines de milliers d’année que l’homme a laissé, ici, sa première trace d’importance. L’homme très tôt dans ses errances, son nomadisme emprunta cette vallée de la Thur, voie de passage à l’opposé des deux vallées de la Doller et de la Lauch qui buttent contre les hautes crêtes.
L’environnement séduisit les princes abbés de Murbach, maîtres absolus
d’une grande région de l’Alsace du sud. Ils élevèrent sur la moraine glaciaire
surplombant le lit de la Thur de 35m, un pavillon de chasse. Il deviendra au
cours de son histoire un château abritant la vie luxueuse de la noblesse de
sang ou de robe, puis celle des grands patrons du textile. Une étonnante saga
que celle de ce bâtiment d’où glissent les marches des terrasses
méditerranéennes vers un Parc, aujourd’hui
classé « jardin remarquable ».
De l’eau proche avec la Thur ; la facilité du transport avec la vallée et son ouverture dans « la ligne bleue » avec le col de Bussang ; de la main-d’œuvre à profusion avec la multitude de petits villages entourant la colline de Wesserling : de l’espace permettant l’ambition d’une future expansion : tout est là pour tisser la toile de l’industrie textile.
Au milieu du XVIII ème siècle, c’est la période pré-indutrielle, celle des manufactures royales. En 1783 Wesserling sera une des plus importantes de France. Elle fera de l’ombre à la manufacture de Jouy-en Josas près de Versailles. Toutes les deux manufactures produisaient ces éclatantes toiles imprimées : les indiennes. Une réelle révolution sociale aura lieu autour de Wesserling. Le coton nécessaire à la production, arrive brut ; il est filé, tissé, teint, imprimé à Wesserling. Dans les communes environnantes les paysans seront des milliers à se partager entre leurs terres avares et la rudesse du labeur en ateliers ; ils deviendront et resteront longtemps des ouvrier-paysans. Avant que ne naissent les bâtiments qui abriteront l’ensemble du processus de fabrication des indiennes, c’est à domicile que s’effectuaient certaines tâches. Le temps allant « les cheminées commencent à hérisser la vallée et concurrencent les clochers ».
Le lieu de production textile s’entoure d’écoles, d’un lieu
de culte, d’écuries, d’un dispensaire, d’un théâtre. Les cheminées rondes
deviennent carrées, de l’hydraulique on passe à la vapeur, du charbon on passe
au gaz. Le poids des machines de plus en plus
lourdes impose des structures en
fonte aux bâtiments industriels de cinq étages. Très vite tout évolue. La
qualité des produits dépasse largement l’Hexagone. Les tissus Gros-Roman
s’imposent sur les marchés mondiaux des tissus. Wesserling sera le fournisseur
de la reine Victoria d’Angleterre et sa production emportera de nombreux prix
prestigieux tel la Grand Prix de l’exposition universelle de Londres. L’évolution et les progrès techniques nécessitent une paix sociale. Le
paternalisme, avec tout ce qu’il engendre de soutien, mais également de
dépendances et parfois d’injustice règnera longtemps ici. Il laissera
d’ailleurs ici encore de profondes traces qui parfois sont cicatrices… Boussac
imprimera sa marque sur le secteur impression en 1933. Et puis ce sera
l’implacable et douloureux déclin.
Le site dans sa totalité, jardins et bâtiments, est sauvé en 1986, grâce à son rachat
par le Conseil Général. La réhabilitation des jardins initiera la renaissance
d’un site qui de friches est aujourd’hui un ensemble patrimonial industriel
unique en France. Il l’est tant pour et par son originalité que pour la
sauvegarde d’une globalité et d’une mise en réseau de bâtiments, de lieux de vie. Le phare du
site : l’ancienne chaufferie ! Son cœur : l’écomusée du
textile! L’image de sa
philosophie : le Parc tissant l’esprit de préservation patrimoniale, le
respect de l’environnement unissant les activités humaines à celle d’une
histoire qui se poursuit…