Historique

« Imaginez une sorte de vaste parc avec des usines dedans qui ressemblent à des châteaux, accompagnées de belles demeures et de somptueux et vastes jardins paysagés de style divers et variés… Ce lieu d’Eden n’est autre que l’ancienne Manufacture Royale de Wesserling. »

Pierre Fluck.

chateau_1776HISTORIQUE

Il est des lieux où l’histoire d’un lieu, peut se lire comme dans un livre. A chaque regard une page se tourne, une aventure se déroule… Le site de Wesserling, au sud de l’Alsace, au bord de la RN66 qui relie Thann à Epinal, est là, prêt à être lu, vu, découvert. Livre ouvert sur l’histoire

De la grosse pierre qui repose près de l’entrée du Parc, à l’alignement des bâtiments, aux zigzags des toits d’usine, tout parle, tout raconte. Ici, hier explique aujourd’hui.

C’est de  la butte-moraine formée par le glacier qui coulait ici il y a quelques dizaines de milliers d’année que l’homme a laissé, ici, sa première trace d’importance. L’homme très tôt dans ses errances, son nomadisme emprunta cette vallée de la Thur, voie de passage à l’opposé des deux vallées de la Doller et de la Lauch qui buttent contre les hautes crêtes.

L’environnement séduisit les princes abbés de Murbach, maîtres absolus d’une grande région de l’Alsace du sud. Ils élevèrent sur la moraine glaciaire surplombant le lit de la Thur de 35m, un pavillon de chasse. Il deviendra au cours de son histoire un château abritant la vie luxueuse de la noblesse de sang ou de robe, puis celle des grands patrons du textile. Une étonnante saga que celle de ce bâtiment d’où glissent les marches des terrasses méditerranéennes vers un Parc, aujourd’hui classé « jardin remarquable ».

« Vallée hérissée de cheminées concurrençant les clochers… »

De l’eau proche  avec la Thur ;  la facilité du transport avec  la vallée et son ouverture dans « la ligne bleue » avec le   col de Bussang ; de la main-d’œuvre à profusion avec la multitude de petits villages entourant la colline de Wesserling : de l’espace permettant l’ambition d’une future expansion : tout est là pour tisser la toile de l’industrie textile.

Au milieu du XVIII ème siècle,  c’est la période pré-indutrielle, celle des manufactures royales. En 1786, Wesserling sera l’une des plus importantes de France. Elle fera de l’ombre à la manufacture de Jouy-en Josas près de Versailles. Toutes les deux manufactures produisaient ces éclatantes toiles imprimées : les indiennes. Une réelle révolution sociale aura lieu autour de Wesserling. Le coton nécessaire à la production, arrive brut ; il est filé, tissé, teint, imprimé à Wesserling. Dans les communes environnantes les paysans seront des milliers à se partager entre leurs terres avares et la rudesse du labeur en ateliers ; ils deviendront et resteront longtemps des ouvrier-paysans. Avant que ne naissent les bâtiments qui abriteront l’ensemble du processus de fabrication des indiennes, c’est à domicile que s’effectuaient certaines tâches. Le temps allant « les cheminées commencent à hérisser la vallée et concurrencent les clochers ».

REPUTATION MONDIALE, PATERNALISME ET DOULOUREUX DECLIN…

Gravure-Wesserling-Couleur-1830-1840Le lieu de production textile s’entoure d’écoles, d’un lieu de culte, d’écuries, d’un dispensaire, d’un théâtre. Les cheminées rondes deviennent carrées, de l’hydraulique on passe à la vapeur, du charbon on passe au gaz. Le poids des machines de plus en plus lourdes impose  des structures en fonte aux bâtiments industriels de cinq étages. Très vite tout évolue. La qualité des produits dépasse largement l’Hexagone. Les tissus Gros-Roman s’imposent sur les marchés mondiaux des tissus. Wesserling sera le fournisseur de la reine Victoria d’Angleterre et sa production emportera de nombreux prix prestigieux tel la Grand Prix de l’exposition universelle de Londres.  L’évolution et les progrès techniques nécessitent une paix sociale. Le paternalisme, avec tout ce qu’il engendre de soutien, mais également de dépendances et parfois d’injustice règnera longtemps ici. Il laissera d’ailleurs ici encore de profondes traces qui parfois sont cicatrices… Boussac imprimera sa marque sur le secteur impression en 1933. Et puis ce sera l’implacable et douloureux déclin.

► CONSEIL GENERAL ET ASSOCIATIONS POUR UNE SAUVEGARDE DU SITE

Vue-aerienne-1990Le site dans sa totalité, jardins et bâtiments,  est sauvé en 1986, grâce à son rachat par le Conseil Général. La réhabilitation des jardins initiera la renaissance d’un site qui de friches est aujourd’hui un ensemble patrimonial industriel unique en France. Il l’est tant pour et par son originalité que pour la sauvegarde d’une globalité et d’une mise en réseau de bâtiments, de   lieux de vie. Le phare du site : l’ancienne chaufferie ! Son cœur : l’Écomusée du Textile! L’image de sa philosophie : le Parc tissant l’esprit de préservation patrimoniale, le respect de l’environnement unissant les activités humaines à celle d’une histoire qui se poursuit…